Les boissons énergisantes ne donnent pas d’ailes

Associées à dessin par les industriels aux activités sportives, à grand renfort de stratégies marketing puissantes, les boissons énergisantes font l’unanimité contre elles dans les rangs des nutritionnistes et des médecins spécialisés dans le sport. Qu’en est-il réellement ?

 

Un positionnement trompeur

 
 

Des canettes à l’effigie de grands coureurs automobiles, du mécénat dans les sports extrêmes, des campagnes marketing méticuleusement construites autour des thèmes porteurs de notre époque, comme le dépassement de soi et de ses limites, une forte présence dans les boîtes de nuit et les soirées, une implication de plus en plus visible dans l’e-sport… les boissons énergisantes ciblent ostensiblement les sportifs et les jeunes. Mais les ingrédients qui les composent, la plupart du temps en grande concentration, sont vivement déconseillés par le monde médical, en particulier dans le cadre d’une activité sportive ou intellectuelle.  

 

Sport et boissons énergisantes : un désaccord parfait

 
 

Il faut reconnaître aux producteurs de boissons énergisantes l’importance de leur implication dans le monde sportif. De nombreuses disciplines, notamment dans les sports extrêmes (ski, snowboard, saut, etc.) et dans les sports motorisés, doivent beaucoup à ces sponsors providentiels. On l’a vu lors des derniers Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang, ces pratiques rencontrent un public de plus en plus enthousiaste, qui délaisse les voies plus traditionnelles (slalom, ski de fond, etc.) pour d’autres sensations fortes (freestyle, snowboard, etc.). La grande force des industriels du secteur est d’avoir su cibler une jeunesse difficilement accessible aujourd’hui par les canaux classiques. On peut faire le même constat avec l’e-sport, particulièrement prisé par les entreprises du secteur qui ont ainsi accès à une population s’étant complètement détournée de la télévision.

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Un bar RedBull esport underground RedBull à Londres

 

Le problème principal de cette forte implantation dans le domaine sportif et auprès de la jeunesse est que les boissons énergisantes, quoi qu’en dise un marketing rondement mené, ne sont absolument pas adaptées à la pratique du sport et que leur consommation n’est pas indiquée, même dans un dans un contexte de loisir ou de détente. Certes, la caféine, présente en grande concentration dans les boissons énergisantes, notamment à travers le Guarana, est connue pour, à forte dose, réduire la fatigue du système nerveux central et accroître temporairement les performances neuromusculaires. Elle a même figuré jusqu’en 2008 sur la liste des interdictions de l’AMA. Or, pour être vraiment efficace, elle devrait être prise à des doses si importantes que ses effets secondaires néfastes, eux aussi parfaitement connus, viendraient immédiatement annuler ses effets positifs. Surtout quand la caféine, comme c’est le cas dans les boissons énergisantes, est associée à d’autres substances concentrées, comme le sucre ou la taurine. Quels sont donc ces risques ?

 

Les risques cardiovasculaires

 
 

Une canette de boisson énergisante contient environ 80mg de caféine. Avec deux canettes, on entre donc immédiatement dans la dose de perception des effets secondaires (entre 100 et 160 mg/j) et on s’approche dangereusement de la limite supérieure de consommation admise (200mg/j). La présence en si grande concentration d’excitants entraîne ainsi nécessairement des effets secondaires cardiovasculaires qui peuvent aller de la tachycardie à la vasoconstriction périphérique en passant par l’hypertension. La mort subite n’est ainsi pas à exclure chez les sujets présentant des fragilités cardiaques. De plus, la vitamine B ou la Taurine, présentes de manières concentrées à des doses proches des limites admises – surtout dans le cadre d’un effort soutenu qui, par le phénomène de déshydratation (sudation), renforce la concentration dans le sang –, augmentent encore ces risques.

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Des effets secondaires qui vont à l’encontre des améliorations recherchées

 

Paradoxalement, l’effet excitant des boissons énergisantes va la plupart du temps à l’encontre des améliorations recherchées lors de leur prise. Une excitation trop intense engendre en effet irritabilité, déconcentration et stress aux dépens de la performance sportive. Il est d’ailleurs déplorable, avec les risques de perte de concentration engendrés à la fois par l’excitation et par la déshydratation, que les boissons énergisantes soient associées à des disciplines qui nécessitent le plus de vigilance, comme le motocross, le VTT, le BMX, la Formule 1 ou les sports extrêmes. Au-delà du cadre purement sportif, ces effets vont également à l’encontre de ce pour quoi le marketing des boissons énergisantes les met en avant. Dans le cadre du travail, pour le fameux petit « coup de boost », ou dans celui des études, pour réviser ses examens, le recours à ces boissons aura la plupart du temps les effets inverses à ceux recherchés. On ne travaille pas mieux et on ne retient rien lorsque l’on est irritable, énervé, fatigué.

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Dopage et conduite dopante

 
 

Les boissons énergisantes ne contiennent aucun produit figurant sur la liste des interdictions de l’AMA. Le risque de contrôle antidopage anormal est donc nul, sauf en cas de contamination volontaire ou involontaire des lots. Pour autant, rechercher artificiellement un moyen d’augmenter ses performances, pour un sportif, ou un soutien pour passer un moment difficile (révisions d’un examen important, rythme de travail éprouvant, prolongation d’un état de veille en soirée, etc.), revient à entrer dans le cercle vicieux des conduites dopantes. Les boissons énergisantes véhiculent comme message la nécessité pour un individu d’adopter le mode de vie hyper actif et le dépassement de soi comme valeurs cardinales.

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Elles induisent le désir d’une vie plus stimulante, dont elles seules seraient la clef. Malheur à ceux qui ne seraient pas « adaptés ». Un tel parti pris est nécessairement à l’origine de stress, d’anxiété, d’inadaptabilité et, in fine, de troubles dépressifs. L’exemple de Kevin Mayer, récemment sacré champion du monde d’heptathlon, est en ce sens édifiant. Longtemps, cet immense athlète a pensé que le dépassement de soi et de ses limites, à travers un redoutable entraînement intensif basé sur un volume énorme, était la seule voie d’accès au succès.

 

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Ashton James Eaton est un athlète américain, spécialiste des épreuves combinées. Vainqueur du décathlon lors des Jeux olympiques de 2012 à Londres et 2016 à Rio de Janeiro, il remporte le titre aux championnats du monde 2013 à Moscou, et 2015 à Pékin.

 

Il a récemment témoigné de sa surprise lorsqu’il est allé voir s’entraîner Ashton Eaton, la référence absolue de sa discipline et sans doute l’un des plus grands athlètes de tous les temps. Celui-ci ne basait absolument pas sa préparation sur le volume et les exercices extrêmes, mais sur une recherche constante de l’équilibre parfait entre entraînement intensif, régime alimentaire, développement spécifique et ciblé de ses capacités et phase de repos. C’est toute la différence entre efficacité et efficience : l’efficacité recherche le résultat immédiat, quel qu’en soit le prix, l’efficience ajoute le facteur temps et la durabilité. La réussite et la performance ne passent donc pas nécessairement par le dépassement de soi, mais par l’optimisation de ses capacités intrinsèques et la connaissance parfaite de ses limites dans le respect de son corps. Tout l’inverse d’une conduite dopante.