Le retour de flamme du surentraînement

L’entraînement. Les athlètes et leur encadrement n’ont bien souvent que ce mot à la bouche. « Je ne suis pas prêt, il faut que je m’entraîne ». « La compétition arrive, il faut que tu t’entraînes ». « Je ne peux pas me reposer, il faut que je m’entraîne ». Une position qui montre rapidement ses limites, comme nous l’explique Kevin Busquet, notre préparateur mental, qui s’est frotté de trop près aux limites du surentraînement.

On entend souvent dire, dans son entourage, que si l’on souhaite s’améliorer, augmenter ses performances et franchir un cap, il faut s’entraîner encore et encore. Je ne vais pas vous mentir en disant que l’entraînement technique – celui que nécessite la maîtrise des gestes parfaits à travers leur répétition répétée, associée à la connaissance sans faille de son métier, (en l’occurrence ici on parle du sportif de haut niveau) –, n’est pas la pierre angulaire de toute recherche de performances et l’outil principal à disposition des athlètes qui ont de grands objectifs. On constate cependant que la production d’efforts intenses trop souvent répétés, réalisés dans le souci de repousser constamment ses propres limites, a les effets inverses que ce qui est recherché : le pratiquant ne voit plus sa courbe de performance grimper, mais bien régresser.

 

Dans le cadre d’un entraînement optimal, l’absence de véritables objectifs, d’encadrement géré par des intervenants externes ou de cadre parfaitement défini représente un ensemble de causes qui poussent l’athlète dans cette forme particulière du « burn-out » qu’est le « burn-out sportif ».

 

Le sportif doit-il aller chercher des outils et entraînements extérieurs à la pratique elle-même ?

 

Comprendre le cycle de l’entraînement de l’athlète

 
 

Le pratiquant de sport « traditionnel », tout comme l’athlète évoluant sur la scène « e-sport », a la nécessité de concevoir seul ou avec son staff technique un programme d’entraînement. Ce dernier met en place ce que l’on désigne souvent sous le nom de programme de « préparation physique ». Celui-ci comprend diverses phases. Lorsque le sportif a terminé son processus d’entraînement, il doit amorcer la phase « après effort », qui va consister à reposer le corps, physique et mental, lui permettant ainsi de reconstituer pleinement son stock d’énergie. Lorsque ce processus de récupération est optimisé, l’athlète se voit restituer une condition supérieure à celle juste avant l’effort fourni. On parle souvent de phase de « surcompensation » : celle qui va permettre au challenger sportif d’établir un nouveau meilleur pic de performance et de réunir toutes les conditions nécessaires à l’atteinte de ses objectifs.

 

Le syndrome de « surentraînement » va se produire lorsque la fatigue persiste au-delà de la phase dite de récupération. Détecter à temps la frontière qui sépare la surcharge physique et la notion d’effort intense est relativement mince. Cette analyse demande au pratiquant une connaissance minutieuse de son corps physique mais aussi de son mental.

 

Il faut également tenir compte du fait que la tolérance à la difficulté d’un entraînement est relativement variable d’un athlète à l’autre, mais aussi selon les situations, altérant ainsi cette capacité à pouvoir déceler à quel moment il faut passer à une phase de récupération.

 

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Un joueur e-sport en train de s'entrainer

 

 

Causes et symptômes de l’effet de surentraînement sportif

 
 

À l’origine du syndrome du surentraînement, on constate principalement une charge d’effort excessive, associée à un temps de récupération insuffisant. Des entraînements à rallonge, des compétitions trop complexes à gérer, un mauvais timing ou encore une mauvaise alimentation, un manque de sommeil, des parasites externes détériorant la qualité de l’hygiène de vie du sportif de haut niveau sont également à l’origine des troubles propres au surentraînement.

 

L’ensemble des facteurs environnementaux (sujet de mémoire d'étude pour l'obtention de mon diplôme de Préparateur Mental), comme la famille, le staff, le club, la presse, les fans, les réseaux sociaux… peuvent avoir une influence toute aussi importante sur la durée et la qualité de la préparation de l’athlète et jouer un rôle central dans la balance du stress psychologique.

 

En plus d’un état de fatigue qui ne cesse d’augmenter et des douleurs physiques (musculaires et articulaires) qui se font de plus en plus sentir, le surentraînement engendre des troubles du sommeil et une altération de l’humeur, voire un potentiel état de dépression.

 

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Un joueur des Shangai Dragons en pleine détresse

 

 

Comment détecter le syndrome du surentraînement ?

 
 

Aucune recette, technologie ou méthode « miracle » n’existe pour pouvoir poser un diagnostic ferme quant à l’apparition du syndrome auprès d’un athlète. Plusieurs formats de questionnaires ont été élaborés dans le but d’évaluer l’état de santé du sportif. Par exemple, la Société Française de Médecine du Sport (SFMS) parvient à quantifier le niveau de stress et d’humeur de l’athlète. En fonction des résultats obtenus, l’entraînement, voire les objectifs fixés, seront allégés pour permettre à l’athlète de retrouver son potentiel de référence le plus rapidement possible.

 

La recherche de son niveau de stress requiert n'est pas une évidence et requiert une phase d'observation de soi du sportif. Il doit en effet être capable de vérifier si ses phases de préparation restent dans les bornes de son « optimum » (le niveau de stress maximum acceptable lui permettant de performer). Le travail avec un psychologue du sport, ou avec un préparateur mental spécialiste du sport de haut niveau, est aussi un outil externe efficace pour que l’esportif puisse apprendre à mieux se connaître sur le plan psychique et ainsi prendre les mesures nécessaires pour ne pas entrer dans un cycle de surentraînement.

 

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Il faut savoir ménager son cerveau

 

 

Comment prévenir le syndrome du burn-out sportif ?

 
 

 

Face à ce syndrome, c’est l’athlète lui-même qui détient le remède !

 

L'auto-surveillance du (e-)sportif, en faisant appel à la capacité de son staff à vérifier, analyser et constater une baisse de régime et de la productivité de ses entraînements, est la première pierre d’une prise en charge efficace.

 

Le travail avec un préparateur mental pour vérifier si le sportif encaisse suffisemment sa charge d’entraînement est aussi une réponse adaptée. Le préparateur qualifié lui apportera un soutien psychologique et vérifiera que rien ne l’altère négativement. Ensemble, ils mettront en place des protocoles et des techniques divers : relaxation avec des séances de respirations spécifiques, phases de récupération en collaboration avec des spécialistes, prise de compléments alimentaires respectant la norme Afnor dans le cadre d’un sommeil altéré, etc.

 

Les questionnaires comme celui de la SFMS sont aussi de bons outils pour vérifier et jauger l’état de l’athlète. Ils se complètent parfaitement avec la mise en place d’une feuille de route donnant des repères quotidiens autour desquels l’athlète note l’ensemble de ses sensations. Ces prises de notes peuvent être secondées par l’enregistrement régulier, par les coaches et analystes, des indicateurs de performance.

 

Si le syndrome est diagnostiqué, il faudra bien prendre le temps d’expliquer au sportif la nécessité de prendre du repos, de faire un break forcé. Dans le cas où l’entraînement doit impérativement se poursuivre (compétition en approche par exemple), il convient de l’adapter en adoptant un rythme beaucoup moins soutenu.

 

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N'attendez pas de craquer ! Reposez-vous.

 

 

Comment ce syndrome peut-il se traduire dans le cadre d’une pratique « e-sportive » ?

 
 

Tout comme dans la pratique des sports « traditionnels », le syndrome de surentraînement se manifeste dans l’esport par les mêmes symptômes (physiques et psychiques). La présence prolongée devant un écran entraîne souvent la négligence des phases de repos, des pauses indispensables, décalant de fait le rythme biologique du pratiquant. Le sommeil s’en trouve immédiatement altéré et l’alimentation en pâtit. L’esportif va rapidement sortir de son cadre défini et de son « otpimum » pour venir flirter avec la rupture. Cette glissade vers le syndrome de surentraînement se produit le plus souvent sans que l’esportif s‘en aperçoive.

 

Lors d’un entretien avec l’un de nos joueurs sur le jeu League of Legends (LOL), le capitaine "F0cus" (Gabriel), pourtant expert du sport de haut niveau (Championnat d’Europe de grappling), m’a expliqué ne pas comprendre pourquoi plus il faisait d’entraînements, plus il enregistrait de défaites, ressentant de la frustration et le besoin de s'atteler à davantage de parties encore. Plus il s'entraînait, plus il perdait.

 

Après une discussion – séance avec techniques de questionnements et préconisation –, il s’est autorisé un break d’un week-end, ne jouant pas une seule fois, laissant la partie « esport » de côté pour se relaxer, souffler et profiter pleinement d’une phase de récupération. Après ces 48 heures de break, il m'a expliqué se sentir beaucoup mieux, retrouvant le goût de jouer et performant de nouveau dans ses schémas de préparation techniques.

 

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F0cus, joueur League of Legends Blackmice

 

Bien souvent, si vous ne remarquez pas des symptômes du syndrome qui est en train de s’installer, optez pour une discussion avec des proches, afin de leur demander comment ils vous trouvent ces derniers temps ; interrogez-les sur vos humeurs, sur votre niveau de concentration, vos réflexes, votre hygiène de vie, etc..

 

Il est toujours délicat de « sortir de soi » et de réaliser une autocritique constructive, surtout si vous n’avez pas pris conscience que les symptômes étaient bien présents et que vous les avez pris pour « un coup de fatigue ». Le diagnostic de ce syndrome du burn-out sportif est une mission délicate.

 

Autres exemples typiques dans le cadre d’une pratique e-sportive :

 

  • irritabilité et humeur agressive vis-à-vis de son entourage, coachs, coéquipiers, staffs
  • sommeil de moins bonne qualité (réveil dans la nuit, difficultés à s’endormir, à se lever)
  • désorganisation dans son processus d’entrainement (retard, oublis, mauvais échauffement)
  • manque de régularité dans les résultats, objectifs non tenus...
  • hygiène de vie négligée sur le plan alimentaire (mauvais apports, manger trop rapidement...)

 

La phase de récupération est tout aussi importante que le processus d’entraînement. Elle demande à l’athlète une écoute aiguë de son corps. Sans une prise de conscience de l’efficacité des modifications de sa routine qui prenent en compte les risques de surentraînement, aucun programme d’entrainement optimal ne pourra être mis en place. Il faut savoir puiser dans les bonnes ressources internes et externes pour ne pas altérer ses capacités de performance.

 

Pour rappel, et parce que souvent les gens n’ont pas de connaissance de cette « maladie » pourtant répertoriée par l’OMS en 2011, la « Bigorexie » (qui n’est pas à confondre directement avec le syndrome du surentraînement) est une dépendance à la pratique sportive. Elle se diagnostique différemment du burn-out du sportif mais se traite, dans les grandes lignes, de manière similaire.

 

Conclusion

 
 

C’est la fameuse phrase qui revient sans cesse : « à consommer avec modération ». La pratique de l’esport, même derrière un ordinateur ou une console de salon, n’est pas si éloignée de la pratique sportive compétitive. Pour en faire son métier, il y’a des règles d’entraînement à respecter afin d’optimiser son efficacité. « L’esport, c’est du sport » : si l’on veut atteindre le plus haut niveau, cette activité doit se pratiquer avec un encadrement médical et paramédical de qualité. C’est la condition sine qua non pour pouvoir performer sans altérer votre état mental et votre corps physique.

 

« Chez Blackmice, structure e-santé & e-sportive nouvelle génération, nous préconisions un accompagnement avec des spécialistes médicaux et thérapeutiques pour effectuer un point régulier sur votre état dans le but d’atteindre les objectifs fixés en compétition.

 

Auteur: Kévin Busquet : Coordinateur Esport Blackmice – Préparateur Mental du Sportif & de la Performance